Mais où sont passées les émeutes
tant annoncées par les médias ?



Mais où sont passées les émeutes tant annoncées par la police, et surtout par les médias ?
Le G20 organisé au cœur de la City la semaine dernière était supposé bouleverser
nos vies de « golden boys » bien huilé(e)s.
Retour, en humour « so british », sur deux jours de paranoïa.

Mardi 31 mars Depuis que la police, dans un mail envoyé à toutes les banques,
a recommandé aux employés des institutions financières de « dress down » (s'habiller moins bien)
et si possible de travailler de chez eux afin d'éviter les déchaînements de haine lors des manifestations organisées contre le sommet, une sourde angoisse point dans les conversations.

Tandis que les plus Anglais d'entre nous rappellent qu'ils ont survécu au Blitz
et à l'IRA en gardant leurs chapeaux melons
(niant l'évidence d'être manifestement nés trop tard pour avoir vécu aucun de ces deux événements),
la majorité de mes collègues essaient désespérément de se souvenir s'ils possèdent d'autres sweat-shirts à capuche (le vêtement recommandé par la police comme le plus susceptible
de faire passer un trader gominé pour un délinquant juvénile de quartier)
que celui acquis pour 90 dollars au magasin de la prestigieuse université américaine
où ils ont obtenu leur MBA.
Alors qu'une discussion stratégique s'engage dans un cubicule voisin
sur la pertinence d'arriver demain avant six heures du matin pour éviter les combats,
j'achève de lire un article sur le projet de manifestation :
le groupe G20 Meltdown prévoit de faire converger devant la Bank of England quatre processions
menées par les quatre Cavaliers de l'Apocalypse
(ils ont apparemment prévu de faire venir d'authentiques chevaux et cavaliers)
et d'offrir du cerveau de banquier pour le petit déjeuner.

Mercredi 1er avril C'est d'une main un peu tremblante et avec la sensation d'une proximité historique insoupçonnée avec Marie-Antoinette que je soulève les stores du salon,
m'attendant à faire face à une foule affamée, armée de fourches et réclamant ma tête plutôt que du pain.

Mais dehors, pas de trace d'un quelconque groupement suspect, le seul élément suffisamment exceptionnel pour être signalé étant la présence d'un soleil printanier et radieux. Aston Martin et Maserati remplacées par des camionnettes rouillées Sur le chemin du bureau, il règne une joyeuse atmosphère
de colonie de vacances parmi la foule des travailleurs camouflés en étudiants.
Si quelques durs à cuire ont effectivement sorti le costard trois pièces à rayures,
la majorité des banquiers a opté pour le jean griffé et la chemise cintrée,
qui ne les rendent pas moins repérables in fine.
En revanche les Maserati et autres Aston Martin du parking d'Algate ont été remplacées
par des camionnettes rouillées de marques non-identifiées,
sans doute louées pour la journée.
Il me faut dix minutes pour croiser un premier policier qui me regarde narquois
quand je lui demande où sont passées les millions de personnes censées manifester.

«Les anarchistes ne sont pas des lève-tôt », m'explique-t-il d'un ton docte. Je ricane intérieurement en pensant à mes collègues arrivés au bureau à cinq heures du matin. Sur place, la situation est encore plus cocasse qu'attendue car ma voisine de bureau chinoise et élevée à Singapour, manifestement peu habituée aux expressions de mécontentement collectives, a presque entièrement
disparu derrière un amoncellement de nourritures diverses et variées,
qui d'après elle doivent lui permettre de tenir jusqu'au dîner sans sortir du bâtiment, mais qui me semblent plutôt capable de faire survivre l'ensemble de l'équipe en autarcie complète pendant les cinq prochaines années. Les journalistes postés à chaque coin de rue s'ennuient ferme Dans les médias,
les manifestations ont éclipsé le reste de l'actualité et l'écran Sky News derrière nous diffuse en continu des images des premiers regroupements devant la Banque d'Angleterre.
Mais les journalistes postés à chaque coin de rue s'ennuient ferme et leurs live-blogging, fils twitters et autres cartes interactives des manifestations demeurent désespérément vierges de tout événement intéressant. Une bande de hurluberlus a bien réussi à garer un véhicule de transport de troupes blindé devant le QG de Royal Bank of Scotland (RBS), mais la performance tourne court lorsque les « dix anarchistes » cachés à l'intérieur sont embarqués par les bobbies amusés. Après avoir passé la matinée à se tourner les pouces, le journaliste de Sky News est trop heureux de voir arriver Russell Brand, une personnalité médiatique anglaise de seconde zone, mais lorsqu'il l'interroge sur la raison de sa présence dans le cortège et de sa colère contre le G20, Brand se contente de répondre : « Je ne suis pas en colère, j'habite ici. »
«Pourquoi êtes-vous déguisé en pasteur ? » « Je suis pasteur »

Quelques minutes plus tard, le journaliste américain de CNBC réussit à faire encore plus fort lorsqu'il demande à un manifestant apparemment déguisé en pasteur : « alors pourquoi vous êtes-vous déguisé en pasteur aujourd'hui ? » et que son interlocuteur lui répond « parce que je suis pasteur ».
Pris en tenaille entre une présence policière massive et une présence médiatique encore plus imposante,
les quelques dizaines de radicaux décidés à en découdre finissent par se prendre quelques coups de bâtons sur la tête pour les photos, puis par attaquer une branche locale de RBS. Le ratio manifestant/journaliste étant à cet instant d'environ un pour cinquante comme la photo peut en temoigner.
En début d'après-midi, alors que mon bureau s'apprête, à l'instar de Sky News,
àretourner à ses activités quotidiennes, sans avoir vu l'ombre d'un manifestant,
voilà que surgissent sur les toits du bâtiment abandonné qui nous fait face une dizaine d'individus cagoulés, s'agitant d'un air décidé. Toute l'équipe s'agglutine alors contre les vitres pour observer l'étrange manège mais il devient vite évident que les révolutionnaires d'opérette n'ont pas d'autre plan que de trouver un endroit ensoleillé pour se faire bronzer et siroter un pack de bières bien fraîches.
Les manifestants aux banquiers : « Quittez votre boulot ! » Entre deux gorgées et quelques joints,
ils trouvent le temps de peindre quelques messages subversifs : « Nique la police »,
« On a payé pour les banques, braquons-les », « Abolissons l'argent ».

Mais c'en est un autre qui trouve un écho particulier parmi mes collègues :
quand les Banksy de carnaval inscrivent « Quittez votre boulot ! » en lettres blanches sur fond noir,
l'un des associés de la banque est obligé de reconnaître :
«Pour être franc, c'est probablement l'idée la plus pertinente
qu'ils ont eue jusqu'ici. »



Pendant ce temps, quelques-uns de leurs comparses postés dans la rue en contrebas
nous enjoignent de sauter. Quatre heures plus tard, les artistes-peintres n'ont pas bougé,
ce qui provoque une certaine irritation chez l'un de mes supérieurs directs,
travailleur et rationnel en toute situation :

«Mais qu'est-ce que c'est que ces manifestants ? » me dit-il : « Ces clowns ont passé l'après-midi entier à boire des bières et à fumer de l'herbe sur le plus beau toit de la City pendant que leurs amis se faisaient
matraquer sur la tête !

Si c'est ça une manif, alors je passe tous mes samedis et dimanches à manifester,
et je n'en retire aucun crédit… » Philosophe, c'est notre leader bien aimé qui tire alors à sa façon
la leçon de cette journée historique :
«Le problème des anarchistes, c'est qu'ils n'arriveront jamais à s'organiser. »

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